Au retour aussi on s'est arretés en Suisse. Au matin, des paysages de toute beauté blog Scribendo

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ange Sacher corona Vienne blog Scribendo

 

Petit récapitulatif d'expatriation hivernale en Autriche

Après des mois d'hibernation, ce blog reprend du service ! On ne s'est pas tournés les pouces pendant ce temps. Entre le retour en France pour Noël, prolongé du fait de la situation en Autriche, le retour, la quarantaine, le confinement total, puis partiel, les vacances de février des enfants, le retour enfin à l'école / collège pour eux (partiel pour Fiston), et bien sûr le travail pour les parents, on essaie de s'y retrouver :)

Mais cette période a aussi été très riche à plein d'égards : découvertes, belles amitiés, situations rocambolesques... impossible de tout résumer ici.

Du coup, j'ai préféré privilégier la formule "Photo Album" pour simplement partager un peu des jolies vues et des lieux traversés depuis fin 2020.

Bon, comme ma philosophie est d'exposer le moins possible les enfants sur internet et que ce blog est ouvert aux quatre vents, il n'y aura que des photos de paysages (très jolis), de choses, ou d'adultes consentants :)

Los geht's ! C'est parti !

Décembre : en Autriche, levée du confinement pour deux semaines

Le 9 décembre, le long tunnel de confinement s'éclaire enfin, les enfants peuvent retrouver copains, maitre et profs, et nous une vie un peu plus normale, disons qu'on n'est plus que deux à se partager l'appart dans la journée au lieu de quatre. Marchés de Noël, musées, restaurants, hôtels, salles de spectacles....la liste de tout ce qui est fermé est longue, mais on est heureux de baguenauder le nez au vent (glacé). Les magasins rouvrent et étalent leurs vitrines chamarrées, l'esplanade devant la Mairie scintille de mille feux, la ville resplendit à la nuit tombée.

 

boutique Vienne blog Scribendo
Songe d'une Nuit d'hiver...

 

maison en chocolat Vienne décembre 2020 blog Scribendo
Une vitrine magique...ne manquent plus que Hansel et Gretel

 

Vienne Demel blog Scribendo
Le Kaiserschmarrn, crêpe soufflée, dessert favori de Francois Joseph, à l'honneur dans la vitrine de Demmel

 

Scribendo blog Avent Vienne 1
Une seule bougie d'allumée sur la couronne de l'Avent géante du Rathaus (mairie) de Vienne. Ça veut dire qu'on est la 1e semaine de l'Avent

 

Scintillements et couleurs devant le Rathaus de Vienne avant Noel blog Scribendo
Scintillements et couleurs devant le Rathaus de Vienne avant Noël

 

Le Graben. Le coeur de Vienne blog Scribendo
Au coeur de Vienne

 

Illuminations autour du Café Central, institution viennoise blog Scribendo
Illuminations autour du Café Central, institution viennoise

 

Le palais de Schönbrunn, avec ses fontaines gelée blog Scribendo
Le palais de Schönbrunn, avec ses fontaines gelées

De longues vacances de Noël

On n'était pas rentrés en France depuis notre arrivée à Vienne, fin août. Nous sommes partis le 23 décembre, le premier jour des vacances des enfants, on a dormi dans un camping en Suisse, vers Interlaken (tous les hébergemenents étant fermés en Autriche et en Allemagne), on n'était pas nombreux en cette veille de Noël !...On est finalement restés trois semaines en France, puisqu'on a appris entretemps que l'Autriche, après avoir timidement levé le confinement le 9 décembre, le rétablissait dès le 26 décembre, avec toutes les écoles fermées jusqu'à nouvel ordre. Les enfants ont donc fait leur "rentrée" en distanciel depuis Saint-Étienne. On est finalement repartis, après un test PCR pour tout le monde, mi-janvier car la réouverture semblait se préciser pour le 25 janvier. A peine arrivés on apprend que finalement tout reste bouclé jusqu'au 8 février au plus tôt. Bon, c'est reparti pour trois semaines de confinement (sans compter la quarantaine obligatoire du début, malgré les tests PCR négatifs réalisés en France pour faciliter le passage des frontières).

 

Au retour aussi on s'est arretés en Suisse. Au matin, des paysages de toute beauté blog Scribendo
Au retour aussi on s'est arretés en Suisse. Au matin, des paysages de toute beauté

 

Vers Zürich. Direction : l'Est ! blog Scribendo
Vers Zürich. Direction : l'Est !

 

Petit corona bulletin viennois début 2021

A partir du mois de février, les établissements scolaires ont rouvert, ouf ! ca a fait un bien fou aux enfants d'y retourner. Fiston à mi-temps, donc on jongle et on s'organise avec les autres parents. Sinon, bilan des courses ici :

les écoles et musées ont rouvert : cool

aucune activité périscolaire en présentiel

restos, cafés et hébergements tous fermés

masque FFP2 obligatoire à partir de 14 ans dès que tu rentres dans un lieu clos (disponible partout)

coiffeurs ok si test rapide réalisé au préalable (pas encore testé :)...)

stations de ski : ouvertes. Le ski est une religion en Autriche et la pratique est beaucoup plus répandue qu'en France, il faut dire que l'Ouest du pays est une vaste station, chaque village ou presque a ses pistes. Les remontées mécaniques marchent mais sinon tout est fermé, donc tu pars à la journée, la 1/2 journée et tu pique niques sur place.

GROS POINT POSITIF : tu peux te balader partout (enfin, à la journée puisque les hébergements sont fermés), pas de couvre feu ni de masque obligatoire au grand air. Ce qui me semble plutôt logique. Le rapport à la nature et le droit à maintenir sa santé sont vus comme très importants, donc tous les week ends on part se balader et on découvre de nouveaux coins, presque comme si de rien n'était, ce qui est très bon pour le moral. Bref, chaque pays est confronté à ses propres difficultés, absurdités ou points positifs dans cette crise sanitaire interminable. Mais cela nous apprend à savourer encore plus chaque instant insouciant au soleil.

 

 

Prater Schnee blog Scribendo
Le Parc du Prater un dimanche de confinement, fin janvier

 

Semmering blog Scribendo
La station de Semmering, à 1h de Vienne

 

Danube et maitres du temps Linz blog Scribendo
Le Danube à Linz

 

Sur les hauteurs de Graz blog Scribendo
Sur les hauteurs de Graz, ville craquante vers la frontière slovène

 

Bald wieder die Musik écrit sur une colonne viennoise blog Scribendo
Bientôt le retour de la musique !

 


Sapin Johnstrasse blog Scribendo

Vienne, novembre 2020 : Confinement II, le retour

Et voilà ! Aujourd'hui s'achève notre 9e jour de confinement (dit Robinson qui coche les jours :)) Quand je dis "confinement", je veux dire le vrai, le "hart", le dur. Le confinement où tout est fermé, LES ÉCOLES AUSSI ... ça ne se passe pas si mal, au final.

Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage...

Chaque journée est pour nous quatre un nouveau slalom, entre le salon, la chambre des enfants et la cuisine / entre les devoirs, le travail, les cours et tout le reste : cuisine, courses, sorties dans le quartier, activités manuelles etc ... Toi qui me lis, tu connais bien tout cela, tu l'as déjà vécu au printemps, tu le vis actuellement, peut-être le vivras-tu à nouveau ... Mais cessons de faire les oiseaux de mauvais augure.

Always see the bright side of life

Il y a des bons côtés dans cette période, qui s'étend, selon les annonces du gouvernement autrichien, de mardi 17 novembre à dimanche 6 décembre inclus. "Always see the bright side of life* / "vois toujours le bon côté de la vie" chantaient les Monty Python. Y en a toujours !

https://www.youtube.com/watch?v=v7I6NYuJVCo

Bon côté n°1 : les enfants dorment un peu plus longtemps (il n'y a plus les trajets).

Bon côté n°2 : tu n'as pas à te balader avec une attestation dès que tu mets le nez dehors, contrairement à ce qui, apparemment, se pratique en France. C'est plus responsabilisant et moins plombant. Déambuler dans le centre ville samedi, savourer le soleil de novembre dans le cadre splendide du château de Schönbrunn dimanche, se balader en vélo du côté du Danube, sortir dans le quartier la semaine quand on peut, no stress de ce côté-là. ça fait du bien au moral et tu gardes la forme.

La Fontaine de la Peste, sur le Graben et ses illuminations. Le coeur de Vienne
La fontaine du parc de Schönbrunn, belle en toute saison, avec la surface de l'eau gelée

Bon côté n°3 : ça ne devrait pas durer plus de trois semaines ...

Bon côté n°4 : on n'est pas isolés. Certes, on préférerait de beaucoup que les enfants puissent aller en cours et retrouver copains et enseignants. Mais en attendant, les cours sur zoom quotidiens maintiennent le lien. L'association Vienne Accueil, dont je suis adhérente, envoie des news régulièrement, des bons plans et on peut échanger via les différents groupes WhatsApp https://www.vienneaccueil.net/. Et notre copine Andrea, toujours attentionnée, nous propose de passer la voir dans son "jardin familial" au bord du Danube ou nous fait passer du matériel pour bien réussir sa couronne de l'Avent.

Abgesagt & Sperrstunde

Pour conclure, un confinement "dur", ça reste délicat. Tu ne fais pas la moitié de ce que tu as prévu dans une journée, il y a un côté décalé temporel permanent, ton horizon reste quand même limité, je n'insiste pas, tous ceux qui ont connu le confinement en famille dans un appartement connaissent. Ce qui fait bizarre aussi, c'est de vivre l'expatriation dans une ville au ralenti, dans un contexte particulier. La période avant Noël est sensée être magique ici, avec ses marchés de Noël, les odeurs de vin chaud et de cannelle. On croise les doigts pour qu'ils les maintiennent quand même ... D'ores et déjà le Concert du Nouvel An et les festivités de fin d'année sont bien entendu "abgesagt" : annulés. On a appris depuis qu'on est ici un vocabulaire relativement anxiogène : abgesagt (annulé), Sperrstunde (couvre feu), Abstand (distance) etc... On va dire que c'est une expatriation pas banale, qui apporte son lot de difficultés, mais la sensation de vivre intensément reste là, même dans les moments plus ordinaires. Schön :)...

Un joli sapin de quartier, vers la station de Johnstrasse
Cristaux de givre à Schönbrunn

Brume, froid, nuit qui tombe vite et confinement : un soir à se regarder "Johnny English, le Retour" ou une autre petite pépite du genre ...


Début novembre 2020 à Vienne

Lundi 9 novembre, une brume humide recouvre la ville et fait ressortir les feuilles dorées qui s'obstinent encore sur les arbres. Ca fait une semaine maintenant qu'a eu lieu l'attentat qui a secoué Vienne, on vit au rythme du confinement, encore relativement light ici.

Au fond à droite, l'incinérateur designé par Hundertwasser,
devant le beau Danube, pas très bleu

Un lockdown annoncé fin octobre

Le 2 novembre à minuit devait entrer en vigueur le nouveau confinement ("lockdown") décidé par le gouvernement autrichien pour tenter de juguler la hausse des cas de coronavirus, jugée préoccupante par les autorités sanitaires. Contrairement à la France, ce confinement permet encore de circuler librement dans l'espace public, ce qui est hyper appréciable. Les principales mesures sont les suivantes :

  • Couvre feu à 20 heures,
  • restaurants, bars, musées, salles de concert fermés,
  • aucune réunion ou rassemblement en petits groupes
  • télétravail très encouragé,
  • enseignement à distance à partir de 14 ans.

Avec l'exceptionnelle douceur, beaucoup de gens ont profité lundi 2 novembre de leur dernière soirée en ville. De notre côté, nous étions partis pour deux jours de break à Graz et en Styrie, au sud est de l'Autriche, pour savourer la dolce vita dans cette belle ville, d'autant que les enfants étaient en vacances.

Le Musée d'art de Graz (Kunsthaus), au bord de la rivière Mur
Un peu de découverte culturelle : la bière Gösser est fabriquée à Leoben, tout près de Graz :)

Le 2 novembre

En approchant de Vienne, le soir du 2 novembre vers 21h, mis à part la présence de voitures de police sur l'autoroute nous doublant à vive allure, nous ne nous doutions de rien. C'est un SMS de ma mère, qui voulait savoir si tout allait bien pour nous, qui m'a appris la nouvelle de l'attentat. Une fois les enfants au lit, nous avons tenté d'en savoir plus, tout en écoutant le ballet d'hélicoptères et de sirènes dans la nuit. Informations flippantes (et pour la plupart fausses) sur les réseaux sociaux (prises d'otages, plusieurs terroristes en fuite, différents sites d'attentats disséminés sur toute la ville...) presse qui tente d'obtenir l'info tout en la recoupant mais qui ronge son frein pendant plusieurs heures, police en première ligne, qui tente de contenir les rumeurs et les vidéos on line, politiques sur le pont durant la nuit... chacun joue sa partition, pour une ville qui se réveille assommée, en ce premier jour de confinement.

Dur réveil

Mardi 3 novembre matin : gueule de bois. Le 1er arrondissement, finalement le seul touché par l'attentat (le coeur historique de Vienne, dans l'hypercentre) est interdit d'accès, chacun est tenu de rester le plus possible chez soi tant que tout n'est pas clarifié. Dans la matinée, complément d'informations sur ce qui s'est passé. Je vais en fin de matinée faire deux ou trois courses essentielles à Billa, la supérette dans la rue à côté de chez nous. L'artère commerçante, d'habitude vivante et animée avec ses chaises de café sur le trottoir, ses habitués, est très calme et silencieuse. Effet combiné du confinement, des consignes de sécurité. Les gens que je croise semblent sous le choc. Ou est-ce seulement moi ?

La vie quand même

Une fois la situation plus claire, j'explique ce qui s'est passé aux enfants, chacun séparément, car ils ont des sensibilités très différentes. Ils me bluffent par la maturité de leur réaction, cela m'apaise. En fin d'après-midi on décide de faire un tour dans le quartier et vers Döbling, au nord : ils jouent dans un de leurs squares préférés pendant qu'on observe la vie paisible autour de nous, pas mal de monde dans les rues, l'atmosphère a déjà changé depuis le matin. Je trouve que les gens ont le regard droit, certains plaisantent, ça fait du bien.

#Schleich di, du Oaschloch !

Vienne a réagi entre douleur et panache. Côté officiel, le gouvernement a décrété une minute de silence le 3 novembre, une messe en hommage aux victimes à Stefansdom, la cathédrale située tout près du drame, et les drapeaux en berne pendant trois jours de deuil national.

Une piscine municipale dans e 17e arrondissement avvec les drapeaux en berne

Les Viennois se sont fait entendre, et ce dès le soir de la tuerie : une phrase qu'un habitant aurait lancée depuis sa fenêtre au tueur : "Va te faire foutre, connard !"= "Schleich di, du Oaschloch !" en dialecte viennois, a fait le tour des réseaux sociaux et est devenue le symbole de l'esprit viennois. Elle fait la Une du Tageszeitung, un quotidien berlinois, le 4 novembre. Après #JeSuisCharlie, #PrayForLondon, #TodosConBarcelona (la liste commence à s'allonger...) voici la réponse locale au terrorisme aveugle.

Et pendant cette terrible soirée, l'orchestre du Wiener Philarmoniker, coincé avec ses spectateurs pour le dernier concert pré-confinement, a continué à jouer comme si de rien n'était, le Quartet de l'Empereur de Josef Haydn.

https://twitter.com/BarbaraLovett4/status/1323423142623268865

Euh ... ça ne pourra qu'aller mieux !?

Ces réactions frondeuses, ce retour immédiat à la vie, les témoignages d'amitié et d'attention de nos proches, amis, famille, font chaud au coeur. En cette semaine si étrange, nous sommes heureux de vivre à Vienne, malgré tout, parce que cette ville a une âme et qu'elle l'a montré.

Andrea nous a glissé dans la boîte aux lettres le journal KronenZeitung du 5 novembre, avec ce double titre : "Quelle époque ! (confinement Covid / terreur en Autriche / réélection de Trump ?)" puis "ça ne pourra qu'aller mieux", avec à l'intérieur des interviews de personnalités autrichiennes qui croient en des lendemains meilleurs. Soyons optimistes et créons chaque jour ce qui sera notre lendemain.

Hommage

Jeudi 5, la librairie anglophone "Shakespeare & Company", dans laquelle j'avais commandé un bouquin, m'a annoncé qu'il était arrivé. Elle est littéralement située à deux pas du drame. Je demande aux enfants s'ils sont d'accord pour qu'on retourne dans le quartier, un des plus vivants et pittoresques de la ville, qu'on avait arpenté seulement quelques jours auparavant, où un hommage est rendu sous forme de fleurs et bougies. C'est très émouvant, d'autant plus que, côte à côte on retrouve deux pancartes :

  • L'une avec écrit "Schleich di, du Oaschloch", traduit plus haut
  • Et une citation du Coran : " Celui qui tue un être humain tue toute l'humanité. Celui qui sauve un être humain sauve toute l'humanité."
Le coeur serré
Shadow and light

Une drôle de semaine

On a beaucoup arpenté Vienne avec les enfants, découvrant de nouveaux quartiers, profitant de l'extraordinaire réseau de transports, savourant cette liberté toute simple de marcher nez au vent où on veut. Les enfants commencent à bien s'y connaître dans les principales lignes qui parcourent la ville, ils ont même commencé à mettre au point un Scotland Yard de Vienne (jeu de société, initialement situé à Londres). On a refait un tour en montagne, au Schneeberg, un coin situé à un peu plus d'une heure de Vienne, superbe. Bref, malgré le contexte lourd, on savoure tout ce qu'on peut, en se disant qu'un nouveau tour de vis sanitaire n'est pas à exclure. Lundi 9 novembre, nos deux petits Viennois ont retrouvé avec plaisir leurs copains, copines et enseignants. La vie continue !

Au bord du Donaukanal

Le vignoble de la Wachau vers Vienne - blog Scribendo

Wien und Wein

Une de nos premières surprises, alors qu'on explorait notre quartier à pied début septembre, avait été de voir un bel arpent de vigne descendre en pente douce dans la ville. Nous habitons à Hernals, dans le 17e arondissement (à la limite du 16e, Ottakring). En marchant le long de la Hernalser Hauptstrasse, une des grandes artères qui traverse l'Ouest de Vienne (du Nord Ouest vers le centre), nous sommes arrivés en limite de ville, avec un petit côté faubourg village, des treilles, des cafés et des sentiers.

Nous sommes encore à Vienne, 19e arrondissement : Döbling
Un vieux pressoir à côté d'un jardin d'enfant dans le faubourg de Neuwaldegg

C'était très agréable mais étonnant, parce qu'on ne connaissait pas du tout cet aspect de notre pays d'adoption (qu'on connaissait de toute manière très peu avant d'arriver). Dans les environs de Vienne, que ce soit vers la frontière tchèque (Niederösterreich = Basse Autriche) ou vers la frontière hongroise (Burgenland), dans les Wiener Wald, la ville elle-même ou la magnifique région de la Wachau, au-dessus du Danube, on croise de la vigne. Et d'ailleurs le nom antique de Vienne est Vindobona, tout un programme...

L'extraordinaire panorama de Dürnstein, dans la Wachau, à l'Ouest de Vienne

Qui dit vigne dit raisins et vendanges, que l'on déguste de préférence dans un Heuriger. Je laisse parler Wikipedia pour la définition d'un Heuriger : "Le terme allemand Heuriger désigne en Autriche des enseignes gastronomiques qui ne servaient, à l'origine, que le vin primeur de la dernière année écoulée. Le terme "heuer" provenant du vieux haut allemand "hiu jaru" = "cette année," utilisé en Autriche et dans le sud de l'Allemagne ; le nom Heuriger en est dérivé" https://fr.wikipedia.org/wiki/Heuriger.

Quand nous avons passé la soirée dans un Heuriger avec Christian et sa famille (voir la fin de mon dernier article de blog https://www.scribendo.fr/1247-2/), fin août, nous avons dégusté un jus de raisin de l'année, d'une douceur incomparable : ni trop sucré, ni trop acide. Et nous avons fait connaissance avec l'incontournable Spritz local, le "G'Spritzer", apéritif pétillant à base de vin blanc et d'eau gazeuse, très rafraîchissant. Si j'ai bien compris, le concept de "Heuriger" correspond à toute une tradition bien précise : on ne vend la production de l'année que pendant un certain temps, visible sur la façade du restaurant : une branche de sapin est accrochée à la lanterne de l'entrée, coincée là : "ausgsteckt is" : c'est ouvert !

On voit bien la branche : c'est ouvert !

En parlant de production de l'année, à partir de septembre puis octobre on commence à déguster le "Sturm" (qui veut dire littéralement "la tempête"), j'imagine que c'est dû à l'aspect troublé de la boisson, qui est ni plus ni moins un moût en train de fermenter. Elle est très sucrée et ne se conserve pas longtemps. Pas mauvais du tout.

Un Sturm et des jus de raisin

Bref, l'automne est une saison magnifique ici, pour la beauté des paysages mais aussi la convivialité d'une bonne table. Nous en avons eu quelques aperçus, au hasard de balades dans Vienne, dans la Wachau ou les Wiener Wald. Jus de raisin, G'Spritzer, Sturm, mais aussi de bons vins rouges ou blancs fruités, à accompagner avec des produits de saison ... Ici le raisin se presse et se met en fête pour tous les âges et tous les goûts !

*Le titre de l'article signifie "Vienne et le vin".


Tram à Vienne Blog Scribendo

Avoir une voiture à Vienne

Jeudi 27 août 2020, fin d'après-midi, en bas de notre immeuble. Six jours que nous sommes à Vienne. Trois amendes.

Voiture = boulet

"Je crois qu'il y a un petit problème" : c'est Gaspard qui le premier repère le "petit problème". En fait un gros sabot vissé à la roue arrière de la voiture, assorti d'une affiche collée sur la vitre avant du véhicule, nous prévenant qu'on n'a pas le doit de quitter notre stationnement (essayez de quitter un stationnement avec un sabot ...) tant que nous ne nous sommes pas aquittés du montant indiqué sur ladite affiche (plus de cent euros).

Ok, ok on ne bouge pas...

C'est le point culminant du léger malentendu entre nous et la police municipale du quartier depuis notre arrivée. Malentendu involontaire, notre but n'étant pas de collectionner les prunes locales. La facilité avec laquelle nous avons pu garer la voiture dans la rue le premier soir n'était due qu'au fait qu'on peut se garer gratuitement le week end uniquement, et non le reste de la semaine. Après une première amende lundi et aucun horodateur en vue, on se renseigne sur Internet : en tant que résidents, nous pouvons apparemment acheter une vignette locale à coller sur le pare brise. Pleins de bonne volonté, nous nous acquittons du montant mais visiblement ça ne marche pas. Stéphane contacte le service adéquat par mail, la réponse tombe, sans appel : "Man MUSS" (on DOIT, écrit en capitales d'imprimerie) avoir une plaque autrichienne pour prétendre à la vignette. Nous n'avons pas de plaque autrichienne.

Avec les autres démarches liées à l'installation (Meldezettel notamment : enregistrement à la mairie d'arrondissement dont tu dois t'acquitter dans les trois jours qui suivent ton arrivée), nous ne creusons pas le sujet. Entretemps notre voiture coiffée de son coffre de toit est facile à repérer et les prunes tombent : lundi, mardi, mercredi... Il faut trouver une solution, louer un garage, mais visiblement la police municipale prend les devants et bloque la voiture le soir où nous avons rendez-vous dans le restaurant d'un village aux environs de Vienne avec la famille de Christian, le collègue de Stéphane à la Technische Universität.

Vienne, ville verte

Vienne est une ville verte. Les transports en commun et les modes de transports doux, collectifs sont privilégiés, on s'en est vite rendu compte. Concrètement, cela veut dire que ta voiture peut vite devenir un boulet. On n'a rien contre car tout effort pour la planète suppose des efforts individuels, mais ce jeudi soir on n'a pas de solution immédiate.

Devant le sabot, Steph ne peut retenir un juron, immédiatement repris, avec l'accent autrichien, par une personne à côté de moi, que je n'avais pas vue : "Ach ja merde". Une dame, la soixantaine énergique, des petites lunettes cerclées dans un visage auréolé de cheveux ondulés retenus par deux barrettes de chaque côté, se penche vers la roue prisonnière, tout en pestant à mi-voix contre "cette nation d'employés et de bureaucates". Je tente de lui expliquer la situation et notre bonne volonté, elle prend les choses en main. Elle appelle différentes amies, bien incapables de l'aider, à qui elle décrit les "chers Français qui ne bénéficient pas d'un accueil très sympathique" puis explique par téléphone la situation à la police municipale. Celle-ci lui explique aimablement que tant que nous n'avons pas payé le montant indiqué sur le véhicule, la voiture ne bougera pas et le bureau est ouvert jusqu'à 22 heures à Ottakring (l'arrondissement à côté du nôtre). Steph décide d'y aller en vélo quand nous serons de retour de notre soirée. Pendant qu'il contacte un Über pour que nous puissions honorer notre rendez vous, Andrea a commencé à m'expliquer les subtilités des "KurzParkZone", les zones de parking court, où tu achètes les tickets de stationnement (de 15 minutes à deux heures). Elle m'en laisse une liasse, qu'elle avait d'avance dans son sac et me suggère sinon de garer la voiture à un parking relais situé à plus d'une heure (Perfektastrasse) où il y a toujours de la place pour plus de 24 heures, selon elle.

La réserve d'Andrea

Là-dessus un voisin arrive. Andrea, avec de grandes gestes et des explications renouvelées, lui raconte tout et lui fait part de son indignation. Tous les deux disent d'un air entendu : "Na ja, Wien ist anders" (*qu'on pourrait traduire par "Ben oui, Vienne est différente", allusion visiblement ironique à une campagne de promotion de la ville d'il y a quelques années, vantant la personnalité unique de la capitale) et se mettent à échanger sur différents sujets viennois, tout en essayant de placer quelques mots français de temps en temps. Andrea m'explique avec conviction : "L'Autriche et la France ont toujours eu des liens. Pensez à François de Lorraine, à Marie-Antoinette !" Je lui rappelle qu'on a décapité cette dernière, objection qu'elle balaie d'un revers de main. Entretemps, le véhicule Über, appelé par Stéphane, est arrivé. Je remercie chaleureusement Andrea de ses conseils et son aide. Juste avant qu'on s'installe dans la voiture elle me lance, "Mais attendez, j'ai une place de parking dans le 19e dont je ne me sers presque plus, vous la voulez ?"

Joie.

Tout problème a une solution

Échange de numéros de téléphone, nous convenons de nous retrouver au parking en question le week end, entretemps on garera la voiture dans un parking relais pour 24h. Voiture débloquée par l'intervention de Steph le soir même au commissariat d'Ottakring, nous nous retrouvons donc trois jours après dans l'arrondissement de Döbling, avec notre copine autrichienne, munie des clés. Jetant un coup d'oeil aux fenêtres qui surplombent le parking, elle me demande :

"Savez-vous ce qu'est une tante ?"

"Euh ... la mère des cousins ?"

"Non. Une "tante" ici c'est une commère. Et il y en a une ou deux dans l'immeuble. Pour éviter toute question du voisinage quand vous garerez la voiture sur ma place de parking, vous n'aurez qu'à dire que nous sommes cousins. Ce qui n'est pas complètement faux puisque j'ai de la famille en France. Et à partir de maintenant, nous pouvons nous tutoyer puisque nous sommes cousines ! Et on ne fait pas payer la famille", me dit-elle avec un clin d'oeil.

Et c'est ainsi que sans effort nous nous retrouvons avec une place de parking gratuite, bordés de recommandations et de conseils avisés sur la vie pratique à Vienne, et une nouvelle cousine par-dessus le marché. La générosité, l'humour et la simplicité d'Andrea ne se sont pas démentis depuis, même si nous nous voyons moins, car elle a terminé de nettoyer le local au rez de chaussée de notre immeuble qu'elle possède avec son frère, pour le vendre, et n'habite pas dans le quartier. Lors d'une matinée passée avec elle pour l'aider à finir de récurer, j'en ai appris plus sur sa vie. M'accueillant avec du Zaz à fond (quand tu es Français à l'étranger, on te met souvent du Zaz, partant du principe que tu aimes ...) cette "self made woman" typiquement viennoise, orfèvre à la retraite, me parle de plein de choses, de projets néo-zélandais, du climat pannonien (région qui va de Vienne environs jusqu'à la plaine du Danube) à l'automne particulièrement lumineux ... Elle a la délicatesse de s'exprimer en "hochdeutsch", l'allemand qu'on apprend en France, parlé surtout en Allemagne, ce qui me permet de suivre la conversation et de bien échanger avec elle.

Des repères à Vienne

Grâce à Andrea et à un couple franco-hongrois rencontré le premier jour d'école à l'arrêt de tram du quartier (en nous entendant parler français, Vincent nous demande : "on n'irait pas au même endroit ?") nous avons très vite nos premiers repères dans notre nouvelle vie, ce qui est bien agréable pour commencer ici.

De délicieux raisins de Sopron, Hongrie, venus directement du jardin de Borbala et Vincent

Avec la rentrée scolaire, notre routine de trajet se met en place : tous nos trajets habituels se font en tram / métro / bus pendant la semaine (le prix de l'abonnement annuel "spécial scolaires" pour les transports en commun défie toute concurrence). Le vendredi soir, au lieu de rentrer directement à l'appartement, je rejoins le parking à pied avec les enfants (30 minutes environ) depuis le lycée français où Stéphane nous rejoint et nous rentrons en voiture dans notre quartier. Le lundi matin Steph emmène les enfants à l'école en voiture ( le trajet étant deux fois moins long qu'en tram + à pied) puis laisse la voiture au parking et file au bureau en transport en commun. Il y a des trams PARTOUT dans cette ville. Et quand il n'y en a pas c'est qu'il y a un métro.

Une soirée dans les Wiener Wald

Mais revenons à notre premier jeudi viennois : emmenés par un chauffeur Über en pleine forme, nous constatons que les Wiener Wald, ça monte raide. Gaspard commence à repérer des cols à monter en vélo avec son père et avec Rosalie on se tient à chaque virage en épingle à cheveux pris en quatrième vitesse. Direction Kloster Neuburg, un village lové dans l'épaisse forêt qui enveloppe le Nord de Vienne.

Les Wiener Wald autour de Vienne : une forêt dense traversée d'innombrables sentiers

Tentant d'échanger avec notre sympathique chauffeur, cinquantenaire à catogan, voix caverneuse et accent local à couper au couteau, je mesure concrètement le fossé entre l'allemand étudié à l'école et le parler viennois. Je finis par placer quelques "ja" un peu au hasard. Quant à Stéphane, il n'a jamais appris l'allemand et a préparé le séjour par lui-même, en écoutant des podcasts de "Hallo Deutschschule" https://www.youtube.com/watch?v=5ptmC5GWaqg sur Youtube et la Deutsche Welle https://www.dw.com/de/deutsch-lernen/s-2055 pour avoir des notions de base. (Son activité professionnelle, recherche et enseignement, il l'assure en anglais). On se prépare un séjour plein de découvertes linguistiques :)

Désodorisant au pin, odeur de tabac froid et quelques virages serrés plus tard ... c'est plus ou moins frais que nous arrivons à notre destination : "Unser Weidlinger" https://www.unserweidlinger.at/, un "Heuriger", restaurant typique de la région viennoise. Nous rejoignons la famille de Christian autour d'une table en bois, sous des poiriers pleins de fruits. Les enfants peuvent faire de la tyrolienne dans le pré et admirer les chèvres avec les filles de Christian et Regina pendant que nous commençons à déguster un Spritz frais. Spritz, Sturm, Grüner Weltliner, "ausg'steckt is"... nous découvrons avec surprise et plaisir, en échangeant avec nos hôtes, que les Autrichiens ont une forte culture vinicole et qu'ils produisent des vins délicieux. C'est notre première incursion dans les Wiener Wald et la douceur de vivre locale, ce ne sera pas la dernière.

En ce mois d'octobre bien entamé, je consacrerai donc mon prochain article aux vendanges, au vin et aux liens que Vienne entretient avec les plaisirs épicuriens.

Prost !


Couverture de Geo magazine sur Vinne article de blog Scribendo

Destination Vienne

Un an en famille dans "la ville la plus agréable du monde" : c'est le programme !

 

 

Le 21 août 2020 au soir, après un joli périple de deux jours à travers les Alpes, nous sommes arrivés à Vienne. Partis par un beau matin d'été, sous le soleil exactement, la voiture munie d'un coffre de toit, décorée d'un porte vélo avec le vélo de Steph accroché, remplie de différents objets indispensables (papier à colorier, ordi portable, peluches, poupées ou coloriages des enfants, fringues d'hiver au cas où le coronavirus nous bloque pour rentrer en France ...) On n'a pas fait d'excès de vitesse, chargés comme des mules. Ce voyage était à la fois excitant et un peu étrange, car le contexte n'était (et n'est toujours pas, à l'heure où j'écris ces lignes) propice aux voyages transfrontaliers. Et des frontières, on avait prévu d'en passer cinq, entre la France, la Suisse, le Liechtenstein, l'Autriche, un bout d'Allemagne et à nouveau l'Autriche.

carte d'Europe blog Scribendo
Un périple à travers les Alpes, d'Ouest en est (Vienne est au Nord Est de l'Autriche)

Normalement ce sont des frontières tranquilles ! Mais en ces temps de repli / quarantaine / fermeture / tests, je ne savais pas trop ce qui nous attendait et je checkais la situation régulièrement avant notre départ. Passages finalement sans encombres mais on a eu de la chance : le lendemain de notre arrivée l'Autriche fermait sa frontière avec la Slovénie, laissant des milliers de voyageurs dans l'incertitude autour du poste frontière où la file d'attente durait des heures.

Bref, tranquille pour nous, avec la traversée de paysages typiques de vallées montagneuses et de lacs paisibles, devinés depuis l'autoroute.

La Suisse juste avant le Liechtenstein

On atteint l'Autriche par Feldkirch, au Sud du Lac de Constance, entrée du Vorarlberg, un défilé impressionant de montagnes acérées encadrant une vallée étroite. Il faut se munir d'une vignette si on veut utiliser l'autoroute, j'en achète une (valable dix jours, on peut aussi choisir deux mois ou un an) dans une station service. Ma première interaction avec cette langue autrichienne si chantante m'a mise au parfum : je n'ai rien compris à ce que m'a répondu le pompiste, mais j'avais la vignette.

Notre première nuit dans notre nouveau pays d'adoption s'est faite dans une ambiance accueillante. J'avais choisi l'hôtel au hasard (réduction sur Tripadvisor, bien placé sur le trajet) mais c'était parfait pour commencer notre séjour d'un an. Une atmosphère familiale, cool et antimilitariste, très relax par rapport au contexte sanitaire, dans un petit bourg tyrolien. On s'est baladés dans la nuit, rafraîchis par une petite averse d'été, au son de la musique (petite fête locale), des grillons et des gouttes de pluie sur les toits. De quoi bien commencer le séjour.

Telfs, bourgade du Vorarlberg
Bon, après, on contourne la Bavière ou pas ?

Vorarlberg, Tyrol, région de Salzburg et ses lacs, traversée d'un petit bout d'Allemagne au niveau du lac de Chiemsee en Bavière... on est la seule voiture française au milieu de plaques d'immatriculations diverses et variées, principalement allemandes et autrichiennes, mais aussi slovènes, polonaises, hongroises, tchèques... les panneaux d'autoroute indiquent Prague, Budapest ... ces villes d'Europe centrale qui font rêver.

Panneaux d'autoroute indiquant Vienne et Prague blog Scribendo
Vienne (Wien), Prague (Praha) c'est tout droit ...

On a rendez-vous à 18h30 devant notre logement avec le locataire précédent, un américain resté à Vienne, qui doit nous donner les clés. En avance sur le timing, on fait une halte au bord du Danube, au niveau de Melk. Dans une chaleur humide, on regarde le fleuve suivre majestueusement, paresseusement son cours. Le Danube!

Le Danube à Melk. Blog Scribendo
Où va cette péniche ? Et d'où vient-elle ? De la Mer Noire ?

L'entrée à Vienne se fait avec une facilité déconcertante : l'autoroute traverse de beaux vallonnements forestiers sur quelques kilomètres, et ...nous voici dans la ville. Pas un bouchon, en dix minutes on a garé la voiture dans la rue, on salue Clifton, le précédent locataire, il nous montre l'appartement puis s'en va. on est chez nous, à Vienne ! Pour fêter ça on sort tous les quatre dans la rue animée qui borde notre rue tranquille et on s'offre un petit resto. La voiture, avec son coffre de toit comme une vigie, se repose après avoir fait plus de 1000 kilomètres. Va-t'elle rester garée dans le quartier ? Que non ! Les rebondissements sur le sujet "avoir une voiture à Vienne" feront l'objet d'un article spécifique, car ils nous ont permis de nous plonger dans les détails de l'administration viennoise et faire la connaissance d'Andrea.

Vue depuis le minuscule balcon de la cuisine : la cour de l'immeuble, extérieur nuit

Audubon birds

Polyphonic feathers

Il y a mille et une manières d'appréhender la vie à l'étranger. L'expérience de l'ailleurs est avant tout sensorielle : ce sont nos capteurs qui envoient les premiers signaux du changement au cerveau. Paysages, odeurs, sons, goûts...

 

Long Island Sound, paradis des oiseaux

 

Un goéland tout en haut dans le ciel
Jonathan Livingstone, tout là-haut

Ici, à Branford, petite ville portuaire paisible du Connecticut, un détail ne manque pas d'attirer l'attention : la merveilleuse variété des oiseaux qui se partagent le ciel du détroit de Long Island. Il y a les oiseaux maritimes bien entendu, les inévitables mouettes rieuses et des cormorans d'un noir si lustré qu'ils donnent l'impression d'avoir été mazoutés avant de se poser sur les pontons de la marina.

 

rivage Hammonasset Scribendo
Le rivage du Long Island Sound

 

Mais il y a aussi tous leurs copains du rivage et de l'intérieur des terres. Et là, c'est le carnaval de Rio, sons et lumière : comptez sur eux pour vous annoncer avec fierté et mucho décibels qu'un jour nouveau est en train de poindre. Il est 5h30, ils sont déjà en pleine trille. "It's a new day.... and I'm feeling good" semblent-ils entonner à plein poumons. Nous, humains, sommes acceptés dans un espace de chants, de yodels, de jacassements, de questions réponses mélodieuses qui ne se calment vraiment qu'à la nuit noire.

Je n'ai jamais été une ornithologue distinguée, loin de là. Mais la richesse musicale des ramages locaux est un véritable enchantement pour les oreilles et un marqueur, dès potron minet, de la réalité de notre migration temporaire. ça chante en VO ici.

 

nichoir dans les étangs - Polyphonic Feathers Scribendo

 

Faucons sur leurs perchoirs au coeur des marais,

"American goldfinch" (chardonneret) jaune vif se posant avec vivacité à côté d'une flaque boueuse et illuminant le macadam sale par magie,

Héron au cou interminable scrutant une possible proie,

Grues cendrées frôlant l'eau en escadron serré,

 

Vision onirique de deux magnifiques spécimens entamant un tango aérien sur tempo lent...

 

Ils seraient 400 types différents dans ce coin de la côte Est à se partager l'espace céleste et terrestre avec sérénité, malgré leurs différences de taille, race, couleur, style.

https://www.ctbirding.org/birds-birding/checklist-of-the-birds-of-connecticut/

https://ct.audubon.org/

 

Panneau Bird nesting area article Polyphonic Feathers Scribendo

 

 

Libres comme l'air

La seule photo de l'un deux que j'ai réussi à prendre ne rendait pas justice à sa fulgurante et exotique beauté : un cardinal d'un rouge intense est venu me rendre visite pendant que je travaillais. Insaisissable, voletant de branche en branche autour des arbres de nos voisins, son chant était magnifique, ce qui ne gâchait rien.

 

Arbre sans cardinal
Il était là, sur la branche

 

Au printemps 2014, lors de notre premier séjour ici, j'avais visité avec les enfants encore tout petits, la bibliothèque Beinecke de Yale. Parmi les vénérables pièces exposées dans leur collection ouverte au public se trouve un énorme livre de dessins d'oiseaux réalisés par Audubon. Ce qui fait plaisir, c'est qu'apparemment bon nombre de spécimens répertoriés dans son ouvrage doit toujours exister dans les parages.

https://beineckeaudubon.yale.edu/

 

Audubon birds

 

 

Vole, vole !

Bientôt nous allons retrouver les sons et paysages familiers de notre région de France. Cet été américain achève 5 ans de séjours plus ou moins longs en famille autour de Yale et New Haven, initiés pour raisons professionnelles. Six incursions au total, de deux semaines à trois mois, qui nous ont permis de vivre à l'heure américaine, d'approfondir notre connaissance de ce pays et notamment de la Nouvelle Angleterre, île dans l'île.

 

Branford Marshland

 

Fermer les yeux, quitter les routes, prendre un kayak et s'enfoncer dans les méandres de la Branford River : plus de bruit de voitures, de train, de travaux de bricolages, d'exclamations joyeuses ou courroucées. Le silence troublé par le clapotis des rames dans l'eau, tu entends juste le vent et le chant des oiseaux.

 

Le même chant qui a rythmé la vie des indiens Menunkatuck, jusqu'à l'arrivée des premiers colons européens au 17e siècle. Chant qui a peut-être présidé au deal signé entre la grande sachem Shaumpishuh avec les leaders de la communauté de Guilford il y a de cela 380 ans.

 

signature de Shampishuh : un arc et une flèche
La signature de Shampishuh lors du deal signé en 1639. (source : Henry Whitfield Museum, Guilford)

 

Le même chant, again and again, répété depuis des centaines d'années et qui continuera, imperturbablement, à enchanter ce coin de la planète après notre départ... and life goes on.

 

ciel de Branford

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Life as a Calder mobile

Staring at a Calder Mobile

Thinking how life can sometimes be compared to its miraculous balance

Resulting of an inner struggle between different forces.

 

 

From this struggle can emerge beauty.

A fragile, silent and moving beauty

 

 

 

 

 

 

 

 


Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur Article blog Scribendo

Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur : chef d'oeuvre à voix d'enfant

To kill a mockingbird Scribendo

Certains livres intriguent. Par leur titre, par leur destin ou celui de leur auteur.e, par leur notoriété, tout simplement par leur contenu ...

Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur fait partie de cette catégorie : tout d'abord, qui voudrait tirer sur un oiseau moqueur ? (Au fait, quelle sorte d'oiseau est-ce donc ?)

Pourquoi ce livre, pas si connu que ça en France, est un grand classique aux Etats Unis, trônant bien en vue dans chaque librairie un tant soit peu conséquente, lu par nombre de collégiens et lycéens à travers le pays depuis deux ou trois générations (état de fait apparemment régulièrement remis en question, voir l'article paru dans Actualitté en 2017 https://bit.ly/2YuLWBc) ?

Pourquoi Harper Lee, son auteure, n'a t-elle plus écrit aucun livre pendant des décennies, suite à ce coup de maître récompensé par le Prix Pulitzer en 1961 ?

 

Oiseau moqueur
Franchement, qui voudrait tirer sur cette jolie bestiole ?

 

Il était temps de mener l'enquête, ce que j'ai fait au printemps, me plongeant dans sa lecture sans pouvoir le lâcher, ensorcelée par l'histoire de Scout, Jem, Dill, Boo Radley, Atticus Finch, Calpurnia, Miss Maudie, Tom Robinson et les affreux Ewell ...

 

Maycomb, Alabama, années 1930

Nous voici à Maycomb, petite bourgade assoupie de l'Alabama dans les années 1930. Scout, gamine vive et dégourdie, vit pour l'été et tout ce qu'on peut y découvrir. Avec son frère Jem et Dill, garçon mythomane, qui cache derrière son ton hâbleur et ses mensonges sa tristesse d'enfant mal aimé, elle explore, expérimente, tchatche, se cogne (scène impressionnante où elle roule à l'intérieur d'un pneu lancé à toute vitesse dans la rue), teste les limites de son monde, clairement circonscrit entre les maisons des Radley, de miss Maudie et de la grincheuse Madame Dubose.

Les journées s'étirent, sources infinies de jeux, d'émotions fortes et de frissons. Car les enfants font une fixation sur un de leurs voisins, le mystérieux Arthur "Boo" Radley, sujet de tous leurs fantasmes : existe-t'il vraiment ? Est-il un fantôme vengeur ? Pourquoi ne sort-il jamais de chez lui ? Leurs tentatives pour le prendre par la ruse (Dill propose l'ingénieuse idée de laisser une traînée de jus de citron depuis la porte arrière jusqu'à la véranda, que Boo Radley suivrait comme une fourmi. Idée non concrétisée) sont régulièrement déjouées par les adultes qui les entourent : Calpurnia, leur gouvernante noire, à l'affection sévère, Atticus Finch le père, veuf, avocat intègre et droit, perdu dans ses livres ou ses pensées, à la parole rare mais précieuse, Miss Maudie, la voisine pleine de sagesse, ou leur tante Alexandra, arrivée en renfort au grand désarroi de Scout (dont le vrai prénom est Jean Louise), qui ne sait pas comment se comporter devant cette maîtresse femme :

Je ne savais pas quoi lui dire d'autre. D'ailleurs, je ne trouvais jamais rien à lui dire, et je m'assis en songeant aux laborieuses conversations que nous avions eues par le passé :
"Comment vas-tu, Jean-Louise ?
- Bien, merci ma tante, et vous ?
- Très bien, merci ; que deviens-tu donc ?
- Rien.
- Tu ne fais rien ?
- Non, ma tante.
- Tu as bien des amis ? 
- Oui, ma tante.
- Et que faites-vous ensemble ?
- Rien."
A l'évidence, elle me trouvait assommante.

Car leur monde, fait de jeux et de petits drames (l'entrée à l'école pour Scout et l'ennui qu'elle retire de ces journées) vole en éclat quand l'extérieur fait irruption. L'extérieur, c'est la mission qui incombe au père, Atticus, de prendre la défense d'un Noir injustement accusé du viol d'une Blanche. Dans l'Alabama ségrégationniste, cet événement va bien évidemment secouer la petite ville, durcir les relations, révéler la noirceur ou la grandeur de chacun(e) et avoir des conséquences sur les deux enfants d'Atticus, qui découvrent par la même occasion la réalité du racisme.

 

Jean Louise Finch, dite Scout

Il faut un talent rare pour arriver à parler à voix d'enfant, en se mettant vraiment dans la peau de celui qu'on a été, plus encore dans l'enfant fictif que l'on a créé. Il y a une manière de présenter la réalité, onirique, crue, lucide, pleine de bon sens, drôle, oubliée, la plupart du temps. C'est le premier tour de force de Harper Lee, écrivain.e discrète qui raconte le bled fictif d'Alabama, Maycomb, comme un univers foisonnant quoique sur le déclin, où l'arrivée d'un chien enragé est décrite comme une scène du film "Le train sifflera trois fois", où il se passe tellement peu d'événements "réels" - jusqu'au coup de tonnerre de l'accusation de viol puis du procès - en comparaison de la richesse des jeux et de l'imagination du trio Scout - Jem - Dill, avec leur sujet de prédilection : Boo Radley, le voisin invisible - et donc effrayant.

Jem fit une description plausible de Boo : il mesurait près de deux mètres, à en juger par ses empreintes ; il mangeait des écureuils crus et tous les chats qu'il pouvait attraper, ce qui expliquait que ses mains soient tâchées de sang - si on mangeait un animal cru, on ne pouvait jamais en enlever le sang. Une longue cicatrice lui barrait le visage ; pour toutes dents, il ne lui restait que des chicots jaunes et cassés. Les yeux lui sortaient des orbites et il bavait presque tout le temps.

- Essayons de le faire sortir, lança Dill. Je voudrais savoir à quoi il ressemble.

Jem dit que s'il tenait à se faire tuer il lui suffisait d'aller frapper à sa porte.

Notre premier raid se produisit parce que Dill paria "Le Fantôme Gris" contre deux "Tom Swift" que Jem n'oserait jamais franchir la grille des Radley. Et Jem relevait toujours les défis.

Il y réfléchit pendant trois jours. Je suppose qu'il préférait l'honneur à la vie parce que Dill trouva vite l'argument décisif.

Le premier jour il lui dit :

- Tu as peur.

- Non, je suis poli, répondit Jem.

Le deuxième jour il lui dit :

- Tu as tellement peur que tu n'oserais même pas poser un pied dans leur jardin.

Jem répondit que c'était faux puisqu'il passait devant chez les Radley tous les jours pour aller à l'école.

- Toujours en courant, précisais-je.

Le troisième jour, Dill l'emporta en affirmant que les habitants de Meridian étaient moins froussards que ceux de Maycomb.

Les relations de Jean Louise avec son grand frère Jem, faits d'adoration, de vacherie, d'agacement et de complicité fusionnelle sont très bien rendus. Son amitié naïve et forte avec Dill, son "fiancé" de l'été, également.

 

"Salut, Boo"

Le symbolisme du personnage de Arthur Radley, "Boo Radley", comme l'appellent les enfants est superbement maîtrisé, comme un pendant allégorique des événements réels qui secouent Maycomb et ses habitants. Car une des origines du racisme, n'est-ce pas l'incapacité de voir l'autre tel qu'il est, de le comprendre, de l'accepter dans son altérité ?

Au début du livre, Boo Radley est décrit comme un monstre dangereux et fait l'objet de racontars sans fin entre Jem, Scout et Dill. Il personnifie en quelque sorte la Peur, l'Inconnu, le Danger. Car on ne le voit jamais, il ne sort jamais (Tout le monde eût volontiers reçu les Radley, mais ils ne sortaient jamais, manière de vivre impardonnable dans une petite ville). Il attise donc la curiosité et les frissons (Il sort, tu sais, quand il fait complètement noir. Miss Stéphanie Crawford raconte qu'elle s'est réveillée une fois, en pleine nuit, et qu'elle l'a surpris à la regarder à la fenêtre ... que sa figure ressemblait à une tête de mort). Les enfants sont tellement dans leur "storytelling" que rien ne vient contrebalancer l'échafaudage mental qu'ils se sont créés. Pas même les touchantes attentions que Boo a pour eux, encore moins les réprimandes des adultes.

A la fin, la réalité et l'imagination convergent dans une scène dramatique, où Jem et Scout eux-mêmes sont attaqués : focalisés sur un personnage bien inoffensif, ils n'ont pas vu venir le danger représenté par un autre homme réellement méchant, humilié par leur père lors du procès, qui veut se venger. En quelques heures, la petite fille frondeuse et insouciante va plus comprendre sur la vie, le monde des adultes, la violence et la bonté qu'en des mois d'école.

Elle va enfin VOIR Boo Radley, dans tous les sens du terme : Comme je le regardais avec étonnement, je vis son visage se détendre lentement. Ses lèvres s'entrouvrirent sur un sourire timide et l'image de notre voisin fut brusquement brouillée par mes larmes.

- Salut Boo ! dis-je.

Quelques mois auparavant, Atticus avait dit à sa fille :

- D'abord, Scout, un petit truc pour que tout se passe mieux entre les autres, quels qu'ils soient, et toi : tu ne comprendras jamais aucune personne tant que tu n'envisageras pas la situation de son point de vue  ... tant que tu ne te glisseras pas dans sa peau et que tu n'essaieras pas de te mettre à sa place.

En quelques lignes qui m'ont littéralement fait frissonner, Scout se met à la place d'Arthur "Boo" Radley et c'est bouleversant (p. 430-431 dans l'édition du Livre de Poche).

Elle finit par raccompagner cet homme chez lui, par la porte principale. Quand il referme la porte derrière lui, c'est comme si son enfance à elle restait avec lui.

 

Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur Article blog Scribendo

 

Atticus avait raison. Il avait dit un jour qu'on ne connaissait vraiment un homme que lorsqu'on se mettait dans sa peau. Il m'avait suffi de me tenir sur la véranda des Radley (...)

Boo et moi nous montâmes sur la véranda. Ses doigts trouvèrent la poignée de la porte. Il me lâcha doucement la main, ouvrit, entra et referma derrière lui. Je ne l'ai jamais revu (...) En rentrant à la maison, je me sentis très vieille (...) je pensai que Jem et moi allions encore grandir, mais qu'il ne nous restait pas grand chose à apprendre, à part l'algèbre, peut-être. 

 

 

Une construction magistrale

La construction de tout le livre est très maîtrisée : les fils de la narration s'enchevêtrent et se promènent tout en étant tenus d'une main ferme par Harper Lee. Chaque scène est vivante, rythmée et enrichit, par touches pastels, délavées ou colorées, l'intrigue. Elles ont toutes leur sens, leur utilité. La scène des rombières de Maycomb venues prendre le thé dans le salon des Finch, présidées par Tante Alexandra, est pittoresque jusqu'au moment où une information, donnée en cuisine, lui donne une tournure sinistre : les rires de ces femmes deviennent alors ricanements de pantins insensibles. Tante Alexandra et Miss Maudie donnent à la jeune Scout une leçon de classe : grâce à elles, la fillette comprend ce que voulait dire sa tante quand elle lui disait qu'il était important d'"être une dame".

L'image de l'oiseau moqueur revient régulièrement, comme une métaphore perlée, dont Scout elle-même explique le sens à son père, durant le seul moment du livre où on le sent démuni, à la fin. Signe encore une fois que la fillette a mûri et qu'elle a assimilé, en une formule, les leçons d'humanisme que lui donnait Atticus tout au long du livre. Tirer sur l'oiseau moqueur, c'est tuer l'innocence. C'est condamner d'avance ce qu'on ne connaît pas et qui pourtant ajoute de la beauté à la vie.

Les oiseaux moqueurs ne font rien d'autre que de la musique pour notre plaisir. Ils ne viennent pas picorer dans les jardins des gens, ils ne font pas leurs nids dans les séchoirs à maïs, ils ne font que chanter pour nous de tout leur coeur. 

Quand on referme le livre, les premières lignes, qui semblent anodines, prennent une signification toute autre, preuve du talent de Harper Lee : la montée en crescendo de tous les niveaux de lecture du roman, du début à la fin, la "petite" comme la grande histoire, sont dignes d'une symphonie.

 

Atticus Finch, ce héros

La figure du père, droit, intègre, un peu manichéenne, est centrale : c'est l'incarnation du bien et de la droiture, qui inculque à ses enfants, dans des circonstances difficiles, l'importance du courage et d'une conscience claire. Joué par Grégory Peck dans le film produit par Hollywood en 1963 (acteur abonné aux rôles de types biens, comme Gary Cooper), il semble être la figure paternelle idéale pour transformer une charmante sauvageonne en future adulte sensée et respectueuse.

D'ailleurs Jem et Scout se glissent dans la salle du tribunal pour assister aux plaidoiries de leur avocat de père, dans la partie réservée aux Noirs (ce qui ne manque pas de leur attirer des reproches de la part des bien pensants) : ils assistent directement à la violence feutrée des affrontements verbaux, à la tension qui se joue, et comprennent le rôle essentiel de leur père, qui décide de se battre même s'il ne se fait pas d'illusion sur l'issue du procès dans le Sud ségrégationniste.

Vois-tu Scout,il se présente au moins une fois dans la vie d'un avocat une affaire qui le touche personnellement. Je crois que mon tour vient d'arriver. Tu entendras peut-être de vilaines choses dessus, à l'école, mais je te demande une faveur : garde la tête haute et ne te sers pas de tes poings. Quoi que l'on dise, ne te laisse pas emporter. Pour une fois, tâche de te battre avec ta tête ... elle est bonne, même si elle est un peu dure.
- On va gagner, Atticus? 
- Non, ma chérie.
- Alors pourquoi ...
- Ce n'est pas parce qu'on est battu d'avance qu'il ne faut pas essayer de gagner. 

 

Atticus Finch durant le procès dans le film de 1963
Atticus Finch durant le procès dans le film de 1963

Voici deux dialogues entre le père et sa fille, représentatifs des rapports entre eux, faits de pédagogie et de complicité.

- Atticus, tu dois te tromper ... ?
- Comment cela ?
- Et bien la plupart des gens semblent penser qu'ils ont raison et toi non ...
- Ils ont tout à fait le droit de le penser et leurs opinions méritent le plus grand respect, dit Atticus, mais avant de vivre en paix avec les autres, je dois vivre en paix avec moi-même. La seule chose qui ne doive pas céder à la loi de la majorité est la conscience de l'individu.

 

- Sais-tu ce qu'est un compromis ? demanda-t-il.
- Une entorse à la loi ?
- Non, c'est un accord obtenu par concessions mutuelles. Voici ce que je te propose : si tu admets que tu dois aller à l'école, nous continuerons à lire tous les soirs comme avant. Marché conclu ?
- Oui, père.
Me voyant prête à cracher, il dit :
- Considérons notre accord scellé sans recourir aux formalités habituelles.

 

Un roman américain

Encensé dès sa sortie aux États Unis, en 1960, en pleine lutte pour les droits civiques des Noirs, ce livre est passé directement du statut de livre culte à classique étudié dans les établissements scolaires aux USA. Il faut dire que le sujet est éminemment américain.

Oui, mais il est aussi éminemment universel. Alors pourquoi n'est-il pas plus connu en France ? Je n'ai pas d'explications, et je ne peux qu'en recommander chaleureusement la lecture. Roman d'apprentissage, témoignage d'enfant, livre enchanteur et très abouti, "Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur" fait partie de ces bouquins qu'on ne peut pas lâcher une fois commencé.

 

NB : Cette chronique a été écrite en parallèle de celle du blog Textualités. Ayant réalisé par hasard que nous lisions Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur en même temps, nous avons décidé de publier nos articles de concert. Je vous invite donc à découvrir l'analyse qu'en fait Anne sur l'excellent blog https://textualites.wordpress.com/ !


Lapin en retard dans Alice au Pays des Merveilles

Quand ta vie est devenue un Tomato Timer géant ...

Depuis quelques semaines, ce blog prenait paisiblement la poussière, alors que ma vie IRL (In Real Life, pour ceux qui ne fréquentent pas assidûment les réseaux sociaux) se transformait en tourbillon.

 

Le salon de la famille Addams
Mon blog = la maison de la Famille Addams

Présidente de la CAE Talents Croisés et entrepreneure

Devenue présidente de la coopérative d'activité et d'emplois (CAE) Talents Croisés, (coopérative à laquelle je suis très attachée, dont j'ai déjà parlé dans un précédent article) suite à un vote du Conseil d'Administration début janvier 2019, mon activité de free lance s'est trouvé bien bouleversée par le gros investissement, en temps et en énergie, suscité par cet engagement.

Voeux 2019 de Talents Croisés

Un emploi du temps plein comme un oeuf, des rencontres stimulantes, des échanges instructifs, des positionnements à tenir, un cap à donner, des tas d'informations à engranger, une méthode à trouver : un nouveau chemin s'ouvre, qui suppose une adaptation rapide à la nouvelle situation.

 

La vie de freelance : un équilibre sans cesse retrouvé

Et tu réalises que ta vie de free lance est un joli raccourci de la vie en général : tu passes ton existence à trouver un équilibre, qui ne cesse de se rompre pour se recréer, parfois dans la douleur, parfois en te réservant des surprises, des réserves de joie et d'intensité insoupçonnées. Tu (te) découvres, tu te "challenges" (terme un peu galvaudé, mais reprenons la signification du nom : "situation où la difficulté stimule") et tu avances.

 

Funambule sur son fil

 

Je voulais écrire un article sur les trucs et astuces à développer quand on est free lance et qu'on doit gérer un bouleversement dans son emploi du temps et la gestion des priorités, mais en fait tout ça est encore très frais, donc c'est plus un article pour le plaisir d'écrire et témoigner de mes propres ajustements.

 

Les difficultés classiques de la vie d'entrepreneur(e)

Quand tu es free lance, on peut dire ce qu'on veut, il y a un principe : chaque heure de travail doit être productive. Veille, autoformation, rendez-vous client, prospection ou production, ton activité oriente l'ensemble de ta semaine et tu gères ton planning en fonction de priorités, entre plaisir et engagements pris.

Objectif : développer cette activité que tu as choisi et dans laquelle tu t'épanouis.

Les principales difficultés sont :

  • la tendance à l'isolement : quand tu bosses seul(e) devant ton écran une bonne partie de ton temps, vive le coworking, le co-développement, les partenariats et le "co", de manière générale ! Tu confrontes tes difficultés et tes solutions, tu échanges et tu rencontres de nouvelles personnes, voire de nouveaux prospects, of course
  • le manque de rigueur : non, non, non. Tu ne traînes pas sur les réseaux sociaux ni sur les sites d'actus ou autres. Sérendipité oui, vagabonder sur la toile pendant deux heures, non. Et bien sûr, si tu bosses de chez toi, tu évites de faire deux lessives dans la journée, après ton quatrième café et ton 3e paquet de M'ms.
  • Il existe des outils pour t'aider à maintenir la concentration en te laissant des petites plages de décompression, comme Tomato Timer ou Pomodoro. Personnellement, je trouve que le boulot lui-même et/ ou l'urgence sont les meilleurs tomato timers du monde ...

 

La gestion de son temps : de l'orfèvrerie nécessaire

Actuellement, les écueils cités plus haut ne me concernent plus, c'est plutôt arriver à tout caser dans une semaine qui relève de la haute voltige. Car si je prends ma fonction au sein de Talents Croisés très au sérieux, je ne veux pas non plus négliger mon activité pro et mes partenariats de travail.

 

Donc je suggère :

  • travailler dans l'échange, ne pas tout porter seul(e)
  • noter, sur un post it ou sur Trello les tâches à venir
  • s'auto féliciter de ce qui est fait (j'ai de la marge de progression de ce côté-là)
  • tâcher de prioriser les dossiers
  • anticiper le temps à passer sur les tâches
  • se lever une heure plus tôt ... (effort quand on est une marmotte, mais on survit. Testé pour vous)
  • ne pas oublier de se faire plaisir. Moi, un de mes plaisirs nécessaires, c'est d'écrire. D'où la rédaction de cet article ce week end alors que, clairement, il y avait bien d'autres priorités (modification du point 4 : Il est parfois prioritaire que certaines priorités non prioritaires passent devant les priorités identifiées ... vous me suivez ?)
  • écouter de la musique qui met la pêche (objet d'un futur article !)
  • être bien entouré(e)

Lapin en retard dans Alice au Pays des Merveilles

 

Ainsi, on passe le cap. Ce ne sera sûrement pas parfait, mais on garde le sens de ses engagements, sans avoir l'impression de subir la fatigue, le stress ou l'emploi du temps implacable.

Et maintenant je vais aller écouter du New Model Army et je reviendrai lire mes propres trucs et astuces de temps en temps, pour m'ancrer. On n'est jamais si bien servi que par soi-même :)